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L'acrobate

Vítezslav Nězval - in L'Acrobate, 1927

 

La fête est finie
de la procession seuls quelques retardataires sont restés dans des auberges
à noyer leur tristesse cette éternelle maladie
de vieux ivrognes que la source miraculeuse n'avait pas guéris
des esprits mélancoliques ramassaient les fleurs piétinées
partant pleurer sans larmes dans des chambrettes abandonnées où pend l'image de l'amour
les musiques s'étaient éparpillées comme des allées de magnolias sauvages après la tempête
et de-ci de-là on entendait un air esseulé venu des maisonettes isolées près des routes
le soleil ayant achevé son voyage quotidien
le long d'une corde invisible au-dessus de millions de villes
était tombé sous l'horizon
et l'acrobate vaincu étendait ses bras vers cet acrobate de l'univers
qui meurt pour nous chaque jour
mais ce n'est pas une mort
de l'autre côté du globe d'autres bras se tendent vers lui dans leurs robes de chambres
[matinales
le soleil fier majestueux et humble
dont il n'est resté que le souvenir rose du coucher
L'acrobate savait marcher marcher
mais ses jambes étaient perclues d'orgueil
mais ses jambes étaient perclues de crainte
de l'orgueil de l'amant de tous les miracles de l'ange solitaire
de la crainte de celui dont le sort est d'aimer sans répis jusqu'à la fin
ses jambes étaient perclues de la veillesse des jeunes gens
ses jambes étaient perclues de la jeunesse de l'homme
il vit son enfance
le matelot de sept ans privé de jambes
et il appella
emmène-moi là où est la vie hors de tout
et l'enfant l'ayant attrapé de ses mains courageuses
le mena loin de la ville par des champs embarassés vers la fin de l'hiver
jusqu'au-dessus de cette colline où le monde semble toucher à son terme

Une coupole apparut soudain
avec une croix dorée debout dans le ciel
et comme ils marchaient une ville mystérieuse émergea tout à coup
une ville de villas thermales dans des jardins
avec une clôture de fer derrière laquelle on entendait battre de longues heures

C'était la ville des miracles
les rois y attendaient l'éternel signal d'un messager mystérieux
des Vierges Maries aux yeux d'azur de maters dolorosas
des amoureuses toute leur vie durant s'y déshabillaient de leurs corps jamais assouvis
poètes maudits muets flottant au-dessus des feuilles blanches de la mélancolie
les papes se cachaient dans les chambrettes isolées de leur prison
l'automobile à la croix rouge apportait sans cesse de nouveaux héros des amours
c'était un sanatorium pour aliénés
cette belle et mystérieuse ville avec sa coupole
cette énorme bibliothèque
dont les romans se répètent sans cesse
autant de saints bienheureux
qui ont quitté les vains devoirs pour un seul baiser fixe
pour une seule fin d'après-midi de crainte
pour une seule chanson
pour un seul mot triste
autant d'hommes qui ont quitté l'univers du vain ennui de la vie
pour un seul instant d'étourdissement magique
et qui répètent comme le Boudha toute leur vie le nirvana

C'était le soir
et la ville résonnait des musiques de la jouissance
dans les fenêtres mystérieuses des feux follets bondissaient
et les vitres brûlaient du feu de la lune
derrière elles apparaissaient les héros
dont le sort est de se métamorphoser

L'acrobate se tenait sur une route abandonnée

Au revoir ville de feux follets
triste paradis de ceux qui ont aimé et ne meurent pas
au revoir ville des acrobates
au revoir ville du sang des lumières dans les jardins et des étoiles
ton conte sauve les joies
dans lesquelles les saintes meurtrières s'expriment avec des roses
au revoir ville des poètes
je m'en vais pour revenir à toi en compagnie de mes doubles en des formes innombrables
au revoir ville de jouissances sans but
je m'en vais achever mon poème d'orgueil de tristesse de sang et d'étoiles
que le destin a fait choir au-dessus de mon lit
De l'autre côté la ville de l'ennui brillait
embellie par la nuit comme un cimetière
dont les lumières étourdissent le lointain
comme les lumières des cimetières
sous lesquels les familles meurent au tintement de l'or au froissement des cafards et au son
[de cris de douleur
que je n'entends pas

Traduction Jean-Gaspard Páleníček

 

 

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