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Poèmes

K.H. Mácha
Traduit du tchèque par H. Jelínek et J. Pasquier
Revue "Poésie", No 10-11, 1936

DANS LA CATHEDRALE DE PRAGUE

Sur la cathédrale de Prague, la lune de minuit s'est levée.
Je suis seul avec ma tristesse dans l'église désertée,
Et la lueur pâle de la lune en larmes
N'attristera que mon seul cur.
Le cur des autres ? - Non ! car il n'est pas de lumière ni d'ombre
Qui pénètre les cercueils, qui se glisse au fond des caveaux.
Qui dissipe la nuit, qui dissipe les rêves,
Qui réveille le cur des morts !
La lueur morte colore, sur les statues du mausolée,
La couronne infidèle et la face de pierre
Elle flotte sur les visages endormis,
Comme un sanglot calmé, comme l'ombre d'un sourire.
Aux pieds de chaque mort dort un lion de pierre,
Telle une force épuisée, telle une colère domptée.
L'ombre de la gloire disparue, et la peur de minuit
Planent sur la poussière humiliée de mes pères,
Mais la droite du fils infortuné est sans forces,
Et la puissance de sa bouche n'a que des grincements.

 

SONNET

Dans le fond de mon cur, o trouver des paroles,
Dont je puisse assembler prière assez touchante ?
Ténèbres devant moi - Derrière moi, ténèbres !
Et la nuit va tomber sur ma pâle journée.

Comme fuit un troupeau de cygnes apeurés,
Passent les nuages - avant-coureurs de la nuit sombre,...
Seigneur, Seigneur ! - Seigneur, reste avec moi
Reste avec moi - car voici qu'il est tard !

Vain appel ! Le Seigneur reste sourd à mes larmes.
Toujours une main tend à mes regards forcés
Le calice du désespoir...

Je tends la main vers lui ! Le fiel baigne mes lèvres !
L'ombre entasse en mon cur un monceau de nuées...
Oh ! quel froid au royaume inhumain de la nuit !

 

MELANCOLIE

Je vous salue, montagnes bleues de ma patrie !
Salut Vltava, dans tes ombres !
Salut à toi, village aux forêts sombres
Qui bruissaient dans mes pleurs et mes rêves d'enfant...
Dans mes rires ? Mais quand les ont-elles entendus ?
Si rarement la joie illumina mes yeux !
Et sitôt dépassées les portes de l'enfance
Les nuées du chagrin m'ont fait leur prisonnier.

Tu m'as trop tôt quitté, paradis de mes rêves,
Ne laissant à mon adolescence que ce monde !
Mai ne vient qu'une fois pour tresser des couronnes
La fleur ne fleurit qu'une fois.
Et c'est cela, la vie qu'imaginaient mes songes,
La promesse de mon enfance ?
C'est pour cela qu'ont pleuré mes désirs ?
Foi, belle Foi ! Toi seule est belle !

D'o me vient ma langueur ? - les fleurs n'ont pas surgi
Que j'avais entrevues en rêve.
Cette vie, qui jadis a fleuri dans mes songes
Ne naîtra point dans le réel !
- " Sèche tes yeux ! " Voilà ce qu'ils me disent
" Vois ces tombeaux ! Crois-tu que les morts dorment sans rêver ?
Non. Mais un monde les hante.
Et dans ce nouveau monde, ils rêvent leur matin ! "

- Les morts silencieux ? Ils rêvent qu'ils revivent ?
Qu'ils revivent ? Ils y consentent ?
Ou quelqu'un contraint-il encor leur cur à battre ?
Qui donc leur impose ces rêves ?
Mort, dois-je donc rêver encore ma jeunesse
Pour voir encore s'enfuir son ombre ?
Oh ! puisse le tombeau me cacher à jamais !
0 ! Néant éternel, je me jette en ton sein !

 

 

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